jeudi, 28 juin 2007

Blair et les palestiniens

Les palestiniens sont de mon avis. Blair n'est pas obligatoirement le mieux placé pour parler de paix au Moyen-Orient, et encore moins pour y contribuer.

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Article pris sur le site de "RFI" le 28 juin 2007. 


Tony Blair ne fait pas consensus du côté des Palestiniens


Quelques heures après qu’il eut présenté sa démission de Premier ministre à la reine Elisabeth, mercredi, les Nations unies ont officiellement consacré Tony Blair «émissaire» du Quartet qui regroupe depuis 2003 l’Onu, les Etats-Unis, la Russie et l’Union européenne autour du projet d’une paix au Proche-Orient construite sur le principe de deux Etats, israélien et palestinien. Sans surprise, cette nomination a été saluée par les Occidentaux, Etats-Unis en tête, par Israël et par Mahmoud Abbas, le chef du Fatah et président d’une Autorité palestinienne désormais réduite à la Cisjordanie. En revanche, du côté du Hamas, le mouvement islamiste qui contrôle la bande de Gaza, Tony Blair est accusé de s’aligner sur les positions israéliennes et américaines.


Econduit du fameux «10, Downing Street» après avoir été traité de «caniche de Washington» pour sa décision controversée d’engager le Royaume-Uni dans le bourbier irakien, Tony Blair a voulu «immédiatement» coiffer sa nouvelle casquette de représentant du Quartet au Proche-Orient. Il ambitionne de relever «l’énorme défi» du conflit israélo-palestinien, une question qui, selon lui, préoccupe le monde «pas seulement à cause de la situation désespérée des Israéliens et des Palestiniens, mais aussi pour le symbolisme de cette querelle, ce qu'elle dit de l'état des relations entre l'Occident et le monde musulman». «Je m'y rendrai probablement en juillet», a indiqué l’ancien Premier ministre britannique auquel l’Onu a donné mission d’ouvrir la voie à «un règlement négocié en préparant les Palestiniens à bâtir les institutions et l'économie d'un Etat viable à Gaza et en Cisjordanie».

Mobiliser l’aide internationale

Si sa feuille de route n’exclut pas un rôle de facilitateur entre les deux parties, c’est aux Palestiniens que Tony Blair est censé consacrer toute son attention. «Il doit y avoir deux Etats : un Israël confiant dans sa sécurité et des Palestiniens avec un Etat viable, pas seulement en termes de territoire, mais aussi d'institutions, de capacité», rappelle-t-il, l’Onu soulignant qu’il «sera soutenu dans sa tâche par une petite équipe d'experts, basée à Jérusalem et secondée par des pays et des institutions partenaires». «En tant qu'émissaire, il mobilisera l'assistance internationale aux Palestiniens, en travaillant étroitement avec les pays donateurs et les organes de coordination existants», précise l’Onu qui s’est empressée de répondre aux vœux d’un Tony Blair visiblement soucieux de garder pied sur la scène internationale où il ne s’est pas fait que des amis, en particulier pour cause d’Irak et d’Afghanistan, mais aussi lorsqu’en 2006, pendant la guerre entre Israël et le Liban, il a refusé avec constance d’exiger un cessez-le-feu.

Dans ses discours d’adieux et autres entretiens bilans, après la démission de sa dernière fonction élective, celle de député, Tony Blair a répété qu’il ne regrettait rien de ses choix en Irak. Il a également résumé les racines du terrorisme international à «un fanatisme religieux avec lequel il est impossible de négocier». Il envisage toutefois de créer une fondation pour «rassembler les religions et montrer aux gens que la foi est pertinente dans notre monde et partie intégrante de notre tradition». Tony Blair est par ailleurs donné partant de l’Eglise anglicane et tout prêt à entrer dans la chapelle catholique concurrente. Mais c’est bien sûr pour nombre d’autres raisons son successeur à la tête du gouvernement britannique, Gordon Brown estime qu’il est «exceptionnellement bien placé pour jouer le rôle» d’émissaire du Quartet. C’est aussi l’avis bien sûr de George Bush dont le porte-parole tient quand même à préciser que la tâche est ardue et qu’il ne faudrait pas prendre Tony Blair pour Superman. D’autant que «au bout du compte, la décision appartient aux Palestiniens et aux Israéliens».

Reconstruire l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas

Les Occidentaux et Israël sont à l’unisson pour saluer en Tony Blair «un ami de la paix». Les Palestiniens partisans du Fatah se disent déjà «certains que sa nomination aidera à l'édification des institutions de l'Autorité palestinienne et à la croissance économique», leurs rivaux de la bande de Gaza estime au contraire, comme le souligne le porte-parole du Hamas, Faouzi Barhoum, que «Blair, qui a soutenu l'occupation américaine en Irak et en Afghanistan, ne peut être un homme de paix». «Il ne fera rien pour défendre les intérêts palestiniens et tout pour soutenir l'occupation israélienne», résume-t-il. «Certes, l'homme est doté d'une grande expérience et de hautes compétences, mais est-il capable d'assumer une telle mission et en ce moment précis, lui qui sort tout droit de la soutane de Bush ?» s'interroge l’officieux al-Bayan à Dubaï. Le dialogue de sourds peut se poursuivre, la porte-parole du Premier ministre israélien Ehud Olmert assurant que Blair peut compter sur Israël pour lui fournir «toute l'aide qu'il sollicitera pour aider l'Autorité palestinienne à se doter de structures gouvernementales solides». C’est aussi bien sûr ce qu’escompte Mahmoud Abbas, président d’une Autorité palestinienne chassée de Gaza où le Hamas fait aujourd’hui cavalier seul.

Comme l’indique le communiqué onusien annonçant sa nomination, «Tony Blair passera une partie importante de son temps dans la région», désormais écartelée entre Fatah et Hamas et bouclée par Israël. Il est censé «concevoir des mesures pour promouvoir le développement économique, y compris par l'intermédiaire de partenariats avec le secteur privé». Pour sa part, Tony Blair estime que cela lui «prendra beaucoup de temps». Il lui en restera toutefois assez pour apporter au Forum économique mondial de Davos «un véritable trésor d'expérience et de connaissances sur tous les aspects du monde». De quoi jouer «un rôle essentiel», comme l’espère le fondateur du Forum, Klaus Schwab, qui a annoncé jeudi l’avènement de Tony Blair dans le cénacle de l’organe dirigeant du puissant club privé.



par Monique  Mas

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